Arpenter l’Ouest

LES SANS VOIX HORS-LA-LOI et les sans voix hors-la-loi

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Méchante affiche (sans flash)

A l’heure où, dans les médias, on fait semblant de réfléchir à « la transparence du financement des campagnes électorales », je suis en mesure d’affirmer qu’aucun franc n’a été dépensé pour arracher les affiches sauvages. Vous savez, ces méchantes affiches qui surgissent en une nuit le long des axes routiers, ces affiches qui prétendent nous faire connaître de jeunes inconnus, ces affiches qui affirment qu’un élu local a « plein d’idées » pour verdir l’espace à une autre échelle que la sienne, ces affiches qui finalement n’ont qu’un seul effet, celui de faire ressembler les axes les plus fréquentés à des allées de foires où l’on ne vendrait que de la camelote. Ces affiches sont hors-la-loi, mais on les tolère, elles font partie du cirque, du cirque qui remplit le Chapiteau Central (Hauptfestzelt) d’une poignée de clowns (246), ceux qui ont obtenu le plus de voix, reléguant tous les autres au rang de sans voix. Passé le week-end de fête, les panneaux officiels sont remisés jusqu’à la prochaine tournée, mais personne ne s’occupe des affiches sauvages, celles des sans voix hors-la-loi. Que deviendront-elles? Sans doute seront-elles emportées par « un vent mauvais, pareilles à des feuilles mortes »…

Et si l’on en faisait autre chose? Et si ces affiches de sans voix hors-la-loi de pacotille servaient à de véritables sans voix, ceux qui ne peuvent exister que hors-la-loi? On pourrait donc prendre l’initiative d’arracher ces affiches sauvages -pour autant qu’il soit légal d’arracher des affiches sauvages, ou alors on prendrait des lampes de poche- et on les offrirait aux sans voix qui subissent le véritable vent mauvais, celui qui glace, celui qui tue. Mais qu’en feraient-ils? Comment, vous n’avez pas observé ces affiches? Si leur contenu est vide, archivide, elles sont souvent collées sur un support cartonné, matelassé, un support de bonne taille qui pourrait tenir chaud à ceux qui dorment dans le froid.

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Penser à voler une nouvelle bougie (photo P. Ny)

Dans les communes que j’arpente, on détruit, avec la bénédiction du chapiteau local, des maisons qui pourraient loger des sans voix, on ouvre des abris de protection civile -qui n’ont de civil que le nom- et on ferme les yeux sur les habitants des marges. Pourtant les marges sont proches des centres-villes: forêts urbaines, jardins familiaux, terrains vagues, abords de voies ferrées, locaux vides attendant les trax et mille lieux encore. Ne comptez pas sur moi pour « géolocaliser » ces marges, cherchez-les vous-mêmes et apportez un peu de réconfort et de chaleur à ceux qui les peuplent.

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D’ici on entend les bus qui vont au supermarché

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On dirait une cabane d’enfants

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